mercredi 18 février 2009

Le fantasme de Medellín



En me levant lundi matin, à 6h en même temps que le soleil, j’écarte avec empressement les rideaux de ma chambre d’hôtel et ouvre la fenêtre… la première vue de Medellín me fait une forte impression ! A flanc de montagne se dresse une forêt clairsemée de tours de béton au-dessus de la végétation tropicale, qui exhale un parfum vivifiant qu’accompagnent des chants d’oiseaux, inattendus au cœur d’une métropole de 2,5 millions d’habitants. En amont, les habitations les plus hautes sont masquées par intermittence par des volants de brume qui dévalent les pentes depuis les sommets. Cette vue incroyable, qui pourrait être tout droit sortie de l’imagination de Miyazaki, ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir en réalité, en photo. Je suis en plein rêve ! En arrivant dimanche soir, les traits de Medellín m’ont été occultés par la pénombre de la nuit et l’écrasement de la fatigue. Ce matin, je découvre une ville verticale aux tons intenses : le vert franc de la végétation, le rouge brique des édifices, le gris puissant des nuages chargés d’humidité, qui frôlent nos têtes à cette altitude.

Lors de mon premier trajet vers mes futurs bureaux, je dévore des yeux tout ce qui se présente ; la route qui suit la ligne du fond de la vallée est bordée d’arbres tropicaux opulents. L’impression de frais de l’atmosphère m’enivre.

Le soir quand la nuit tombe, j’observe la ville en essayant de me persuader que « oui, je suis bien à Medellín » ! En contemplant, depuis la terrasse du 15ème étage, les lumières de la ville et l’ombre intimidante des tours, je me rappelle que Medellín était jadis la ville la plus dangereuse du monde avec les sagas morbides du Cartel, que dirigeait Pablo Escobar. L’enfer, la violence urbaine, expéditive, aveugle, sans merci, le paradis des sicaires. Fantasme ! Aujourd’hui j’y suis… dans cette vallée urbanisée, isolée au milieu d’une chaîne de montagne couverte de verdure. Je suis quelque part en Colombie.


lundi 16 février 2009

Vertige au-dessus de l'Atlantique

Vertige, vertige. Je regarde à travers le hublot et ne peux qu’observer l’étendue infinie de l’Océan Atlantique, d’un bleu lointain, effacé, émaillé de petits nuages de coton ici et là. Comme eux, je flotte dans une apesanteur d’entre-deux mondes depuis ma cabine courant à 11 000 m d’altitude. Je reprends peu à peu mes esprits après une sieste salutaire, j’émerge du monde fantasque de mes rêves…

Après presque sept heures de vol depuis Madrid, me voilà approchant l’archipel des Petites Antilles avec à peu près le même cap que tenaient les caravelles de Christophe Colomb en 1492. Terre ! A la surprise du moment vécu s’ajoute la portée vertigineuse que l’Histoire a donné à la « première » découverte des terres du Nouveau Monde. Je vais moi-même vers un inconnu à peine débroussaillé ; mon ventre, comme ceux des caravelles jadis, trimballe son même lot d’attentes, de rêves, d’espoirs et d’angoisses face au vide de la Terra Incognita. Hier encore, je sirotais quelques verres au deuxième étage du Franco-belge avec les miens, comme il y a une semaine, comme il y a un mois. Je déambulais dans le feutre familier du Versailles que je connais, avec ses cadres, ses habitudes, ses visages… - Je tends le coup pour tenter d’apercevoir les premières îles des Antilles, les premières poussières d’Amérique ! Je scrute l’horizon… encore rien ! Hier… tout ça, c’est déjà hier. Aujourd’hui m’attend un futur inconnu, riche en possibles, riche en sentiments nouveaux, mais il me faudra bâtir de nouveau, un petit peu. Me voici donc sur les traces de Jiménez de Quesada, le découvreur de la Colombie et fondateur de Bogota en 1538, qui ouvra la route à des conquistadores illuminés, qui sillonneront la forêt impénétrable à la recherche du mythique El Dorado. Enfin, c’est plutôt un vieux truc entre mon imaginaire et moi, qui me pousse vers l’avant, une force pour me jeter dans le vide, un vent favorable gonflant mes voiles…

Ces lignes maladroites transportent ce mélange unique d’émotions contradictoires que je n’avais jusque-là jamais ressenti. Je vous aime, vous que j’ai laissés en France, et je t’aime, avenir truculent qui m’attend ! Je suis le théâtre d’un combat de sentiments-titans. J’ai le vertige.

Terre ! A force de scruter l’horizon, tel la vigie qui découvrit Guanahani, je devine les contours sombres de l’île de la Dominique, dont le relief accroche les cohortes de nuages venant de l’est. Déjà se profile plus au nord l’ombre à peine perceptible de la Guadeloupe et voilà que je survole à la verticale la paisible Martinique. Et je suis encore en France…